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Version Afrique
Lors d'une résidence au centre de danse Henry Motra à Lomé au Togo du 5 avril au 4 mai 2007, la Cie Art Mouv' a travaillé sur une recréation de sosbunker (version Afrique) autour de la présence du chorégraphe Henry Motra et du percussionniste Jules Kuessan.
La Cie Motra www.motradance.com a également invité Hélène Taddei lawson et Tommy lawson a intégrer sa dernière création “Dancing in the Forest”.
Ce travail s'est donc fait autour d'un véritable échange culturel aux enjeux multiples : chorégraphique, musical, social, humain…
La scénographie et le décor ont été recomposés selon l'inspiration du moment, reflet de la grande ville africaine et les rôles de composition selon la personnalité des artistes originaires de Lomé.
Les thèmes traités comme l'environnement et la liberté d'expression ont eu un impact fort sur un public peu habitué à se questionner artistiquement sur ses propres problématiques et plutôt enclin à se reconnaître dans la danse traditionnelle.
Les questions soulevées d'ordre artistique, social, politique et religieuses ont été débattues plusieurs jours après le spectacle avec de nombreuses personnes : spectateurs, journalistes, etc…

Cette version a été programmée au Centre Culturel Français de Lomé le 28 avril. www.ambafrance-tg.org

Elle a également été jouée lors du festival Plateforme Danse intitulé « Afrique en Mouvement » qui regroupait des compagnies du Mozambique, du Togo, du Kenya et du Burkina Faso. www.plateformedanse-bastia.com

Ce projet a été soutenu par l'Ambassade de France au Togo, le Centre Culturel Français et la Collectivité Territoriale de Corse.

Chorégraphie : Hélène Taddei Lawson
Son et vidéo : Tommy Lawson
Percussions  : Jules Kuessan Nador
Création et interprétation : Jules Kuessan Nador, Tommy Lawson, Henry Motra, Hélène Taddei Lawson, Kossi Adado-Sani

   

De Bastia à Lomé
UN PROJET, DEUX CHOREGRAPHIES

Le centre culturel francais de Lomé a connu une soirée chorégraphique particulière, le 28 avril 2007 au lendemain du 47 ème anniversaire de l'indépendance du Togo. Soirée particulière pour plusieurs raisons : « www.sosbunker.com » et « dancing in the forest » qui ont été données à voir, rentraient pour la première fois dans le domaine du public, au terme d'un mois de labeur de recherche, d'échange et de création. La résidence a rassemblé les compagnies Art Mouv' de la Corse et Motra du Togo. Tout s'est déroulé au centre de danse du chorégraphe Henry Motra à Lomé. Ce dernier a chorégraphié « dancing in the forest » où a dansé Hélène Taddéi Lawson, la chorégraphe de Art Mouv' dont la chorégraphie, «  www.sosbunker.com  » a vu performer Henry Motra. Un retournement d'invitation qui marque le sceau de la première étape du projet « Danse africaine-écriture contemporaine », ainsi que l'entame d'une familiarité artistique appelée à se developper sur plusieurs années au travers des manifestations comme : la résidence de recherche et d'échange qui poursuit son cours à Bastia, la tournée africaine que les deux compagnies appellent de tous leurs vœux, Plateforme Danse Bastia, le festival Bastiais qui a eu pour thème cette année « Afrique en mouvement » auquel les deux compagnies ont pris part. Soirée particulière aussi, en ce sens que « dancing in the forest » est venu sans conteste comme la seule pièce chorégraphique de recherche, publiquement enregistrée au répertoire de la production chorégraphique togolaise depuis plus d'un an.

Les deux pièces
Dans leurs propos comme dans leurs esthétiques, «  www.sosbunker.com  » et « dancing in the forest » se renvoient dos à dos. Mais elles sont reliées par ceci : la présence de deux mêmes danseurs dans les deux pièces et la manière particulière dont chaque danseur habite le corps.

« www.sosbunker.com » , reprise avec la compagnie Motra, d'une première version issue du repertoire de Art Mouv', mêle une réflexion sur l'urbanité avec les questions relatives aux violences, à l'injustice et aux tortures.
Une pyramide de pneus, des bidons et un étrange bunker. Ainsi se dessine l'architecture très impressionnante du décor de la scène, éclairée de manière blafarde, trouée de petites lampes, par endroits de la scène, disposées. Deux corps sur les quatre en présence se meuvent. Quand Henry Motra sort du cachot de la pile de pneus, au rythme de petits sauts et de pas de loup, c'est tout droit devant lui qu'il fonce. Il palpe religieusement la lampe. Quand Hélène Taddéi Lawson chute de la tour des bunkers, au rythme de roulades, la lampe tout droit fixée l'attire également. Chez les deux, le rapport au sol et à l'espace est frappant. L'un semble sortir du chaos et l'autre, chuter d'un échec. Le fond sonore laisse entendre de l'eau qui coule. L'insularité de la compagnie Art Mouv' en est-elle pour quelque chose ? Il semble plutôt que c'est de la sueur qui coule. Puisque la chorégraphie très tellurique est très énergique et parfois très violente. Rien de douillet. Signe peut-être de la pénurie en eau qui frappe la ville de Lomé ? Art Mouv' est attaché en tout cas à ces aller et retour géographiques et chorégraphiques qui alimentent ses danses depuis sa création.
La pièce fait entrer un troisième acteur dans le jeu. A la fois technicien, mixant et enchaînant les sons et les images- qui tournent en dérision la toute puissance des Etats-unis d'Amérique, Tommy Lawson est le parfait complice du musicien Jules Nador, perché sur une petite plate-forme, d'où il envoie les sons des percussions et tam-tams africains.
A force de mouvements, d'images enchaînées la violence est médiatisée et devient plus ou moins abstraite ici. Les danseurs nous mettent en face des questionnements aussi bien esthétique, politique et social. L'eau source de vie et source d'énergie électrique est devenue une denrée rare, luxueuse et très chère. Si elle coule au fond sonore, elle ne sort que difficilement du robinet. Et la création a fait cure de tous ces ennuis pour se mettre effectivement à l'heure du Togo, de l'Afrique dans cette nouvelle version de « www.sosbunker.com ». Autre force éclatante de cette "dérision chorégraphique" : toute la lumière disparaissant à un moment de la scène comme dans la réalité. Et pour répondre à la crise d'énergie électrique, le danseur se refugie dans l'utopie d'une quête de la lumière divine : « Mawu lolo » (Dieu est grand) inscrit grandement dans le décor au moyen des coupures de journaux. Un autre scandale décrié à coup sûr, au regard de la prolifération tapageuse des sectes en Afrique.
Par ces petits jeux de renversements ironiques, cette danse semble avoir attrapé au vol les soucis et les pensées dont bruissait le public togolais sinon africain en ses moments de vaches maigres.
Et si cette pièce est une réussite, c'est qu'au point de vue esthétique elle permet de bien vivre deux manières singulières d'investir le corps et de le déployer. Pour un danseur contemporain africain et une danseuse contemporaine occidentale. Même si l'on conviendrait dans une certaine mesure que la contemporanéité se trouve plus dans le propos que dans la manière d'habiter le corps. La symbiose du hip hop et du contemporain qu'on connaît bien à Art Mouv' montre combien le propos de « www.sosbunker.com » est en parfaite intelligence avec les signes et les symboles de cette pièce. Peut-on en effet traiter des questions urbaines sans intégrer le hip hop ? Le hip hop qui est née lui-même d'une option d'urbanisme, enfant des grands ensemble comme New York, Chicago...où l'agrandissement des cités au détriment des couches défavorisées a suscité de violentes prises de parole.
Parole à une Afrique dépourvue de l'eau, d'énergie électrique, lieu de torture et de guerres. Telles pourraient être les grandes préoccupations de cette pièce qui interroge la place du corps dans nos vies et villes.

« Dancing in the forest » est une ode à la verdure. La scène parsemée de branchage est une image iconique de la forêt. Elle met en présence deux corps. En diagonale, ils se sentent et convoquent le regard qui suit une chorégraphie lente et douce. La danse se fait poésie, le mouvement par moments, minimaliste. Bruits de feuillage, chants lugubres et émotionnels d'oiseaux et de feuillages, accompagnent la chorégraphie. De leurs regards perçants et de leurs membres, les danseurs expriment l'émotion de la traversée d'une grande forêt vierge. Les membres voltigent mais couvrent aussi l'espace. Ils font avancer les corps qui se retrouvent dans une fascinante symétrie, puis dans un contact où ils s'entrelacent tout comme « le feuillage qui ne demande pas de permission pour embrasser l'autre ». Quand baigne la scène dans le rouge, l'univers sonore s'enrichit d'une musique très méditative, le spectateur a les joies du nirvana. La chorégraphie, plus mobile et individuelle, mène jusqu'aux bois de chauffe. L'un des corps, s'en sert pour son équilibre, lorsque partagé entre le désir de rester sur terrre ou de toucher les cimes des arbres. Sans doute le corps cache des convergences avec la forêt que la danse sait bien révéler. Cette danse qui puise dans un fond culturel traditionnel du Togo est en résonance avec une contemporanéité maîtrisée, dont Henry Motra est un messager fervent depuis 1998, année de la création de sa compagnie. Pour donner la mesure de cette poésie vécue comme une émotion, l'ombre des danseurs est projetée par la lumière. Seule la danse de ces silhouettes, médiatisée emprisonne l'attention jusqu'à ce que la forêt visible sur l'écran absorbe les silhouettes. Les ombres accompagnatrices des mouvements corporels sont d'une grande force expressive. Les questions existentielles sont au coeur de cette méditation dansée. Méditation de l'homme dans le labyrinthe de la forêt. « Dancing in the forest » fait place à l ‘onirisme dans la forêt, loin des agitations, bruits et autres violences urbaines.

Dieudonné Korolakina
Correspondant de la revue "Dihy Chaussée" à Lomé